Un bûcher sous la neige - Susan Fletcher

"Tout ce que j'aimais m'entourait, rivières, rochers. Les bêtes. Les bruits du vent. Et je leur en étais reconnaissante. J'étais reconnaissante, car parmi eux je pouvais guérir les blessures en moi, les pertes, le chagrin. Ce que mon âme avait de meurtri, je pouvais le soigner et le nourrir dans ma cabane, ou sur les hauteurs, et qui en fait autant? De nos jours, qui prend le temps de soigner son âme?"
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Cette chronique-là, elle va être un peu spéciale, et je suis même pas sûre qu'on puisse vraiment appeler ça une chronique. J'ai juste envie de vous parler de ce livre et de ce qu'il m'a fait ressentir, ce qui risque d'être long.  

Je l'ai lu il y a 4 mois et me décide à en parler que maintenant. C'était encore trop remué dedans moi pour pouvoir le mettre par écrit avant. 

Jusqu'ici, les descriptions de paysages dans les livres, je trouvais ça long, même si je sais m'émerveiller devant la magie et la beauté de la nature. Donc comment expliquer l'effet que les descriptions de paysages de Corrag m'ont fait ? J'ai été surprise par le fait qu'une description de forêt puisse me mettre les larmes aux yeux. Mais surtout, j'ai été surprise que quelqu'un puisse mettre des mots sur ces sensations de liberté et de sauvage. J'ai grandi dans une maison au milieu de la forêt, et ce que la nature me disait, je le ressentais profondément mais je ne pensais pas qu'il serait possible de mettre des mots dessus. Ici, j'ai eu l'impression que c'était la nature elle-même qui parlait.

"Solitaire ? Moi ?
Jamais, et toujours. Quand est-ce que je n'ai pas du tout été solitaire au fond de moi ? Guère souvent. Voir la beauté vraie de la nature peut chasser la solitude, car les soleils couchants et les lumières d'hiver vous font dire en vous "je ne suis pas seul", vous le sentez devant tant de splendeur." 

Chaque page contient son lot de phrases qui appuient en moi comme sur des boutons qui me font ressentir et libérer des tas de choses.

Si vous me connaissez un peu, vous savez que le thème du féminin sacré (ou féminin sauvage) me tient à coeur. Mais s'il est si important pour moi à présent, ça n'a pas toujours été le cas, au contraire, jusqu'à récemment j'ai toujours regretté d'être une femme, avant de m'aventurer sur le chemin du féminin sauvage, des femmes qui courent avec les loups. Et le fait que ce livre m'ait été transmis par deux femmes qui m'inspirent énormément (et que j'ai transmis à une amie ensuite) renforce sa puissance et ce qu'il symbolise pour moi.

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C'est un roman de sorcière mais aussi d'une personne qui voulait juste vivre sa vie à sa façon, qui ne savait pas être autrement qu'authentique.

"Je crois donc aux serments du cœur. C'est ceux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé quelle vie vaut d'être vécue ? Aucune, à mon idée."

Mais de quoi il parle ce livre ? Il commence par l'arrivée de Charles Leslie, un révérend qui vient interroger Corrag, une jeune fille accusée de sorcellerie attendant le bûcher dans une cellule, sur le massacre dont elle a été témoin (le massacre de Glencoe a vraiment eu lieu en 1692).  Elle décide de lui raconter ce qu'elle a vu mais de commencer par le début, c’est-à-dire… sa naissance ! Durant plusieurs jours, le révérend revient écouter la suite de son histoire. Sa vision de cette créature au fond de sa cellule qu'il prenait pour un être sale et diabolique change petit à petit, au fur et à mesure que le bûcher se construit pas loin de là. 

La mère de Corrag s'appelle Cora, elle-même accusée de sorcellerie. En essayant de ne pas trop spoiler l'histoire, Corrag va devoir fuir, et suivre la seule instruction de sa mère : aller vers le Nord-ouest. Des aventures l'attendent sur ce chemin, durant lequel "Nord-ouest" sera comme le fil rouge qui revient à chaque fois qu'elle doit se donner du courage pour continuer. 

Chaque chapitre commence par un nom de plante, j'ai beaucoup aimé cette façon d'introduire les nouveaux chapitres. Ça faisait longtemps que j'avais envie de me faire un tatouage en rapport avec un livre. J'en ai quelques un en rapport avec la musique mais je n'en avais pas encore en rapport avec les livres, qui sont une autre de mes passions. Du coup, aujourd'hui j'ai été me faire tatouer quelque chose en rapport avec ce livre : j'ai choisi une des plantes mentionnées dans les débuts de chapitres, la belladone, pour accompagner l'inscription "Nord-Ouest". Difficile de faire une jolie photo du tatouage car il est sur mon bras et du coup ça tourne et rend compliqué de le prendre en photo en entier. 

"Galope vers le Nord-ouest. Ne reviens pas."
 

J'ai choisi la belladone déjà parce que c'est une plante magnifique en plus d'être une plante très liée aux sorcières, mais aussi pour ce que le chapitre de la belladone contient et ce que Corrag explique, des choses qu'elle a vécu que j'ai vécu aussi, mais qui sont un peu personnelles pour être racontées sur un blog. Et puis dans le livre, c'est le moment juste avant que tout bascule. 

Aucune description de photo disponible.

"Quand on m'a crié "sorcière" pour la première fois, sur le marché, Cora m'a prise par la main pour m'emmener dans une ruelle où elle m'a fait asseoir, a essuyé mes larmes et a dit "écoute moi. Le seul mal au monde est celui qui niche chez les gens, dans leur orgueil, leur avidité, leur devoir. Rappelle-toi ça."

Tout au long de l'histoire, un peu partout où elle va passer, Corrag se fait traiter de sorcière, un mot prononcé de façon péjorative et qu'elle a appris à prendre comme une insulte. Et j'aimerais pouvoir lui dire que même si ce mot traîne encore une réputation derrière lui, aujourd'hui on peut se définir comme une sorcière. Et je voudrais pouvoir lui prononcer ce mot sans sous-entendus, avec toute la magie et le mystère qu'il contient, et lui permettre de réintégrer ce qu'elle était, une sorcière, mais en le disant avec admiration, amour, douceur et compréhension.

Parfois, en lisant ces pages, je me dis que j'aurais aimé être habituée à cette vie dehors pour pouvoir aussi vivre à l'extérieur. Je suis déjà bien assez sauvage dans ma tête, si je pouvais vivre dehors, on ne me verrais plus.
  
Je fais souvent long pour lire les livres qui me touchent profondément. Je ne le fais pas volontairement mais cela se passe presque toujours comme ça. De base, je lis lentement, et si au début ça me dérangeait de ne pas pouvoir lire autant que je le voulais, maintenant j'aime ça. J'aime quand un livre dure une ou deux semaines. Parfois même trois semaines pour un bouquin de 500 pages. Ça me permet de m'attacher aux personnages, de les garder dans ma tête plus longtemps. Durant la journée, je pense aux personnages et de cette façon je suis vraiment prise dans l'histoire pas seulement sur quelques heures mais quelques jours. Je vous laisse imaginer comme je me suis attachée aux personnages par exemple des Grandes Espérances de Dickens qui fait 1000 pages !

"Ma vie dans la vallée. Je l'ai vécue trop peu de temps, elle a été trop courte. C'est pourtant la meilleure que j'ai connue : où d'autre ai-je vu mon reflet et pensé tu es là où tu dois être, enfin."
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Glencoe


La lecture de "Un bûcher sous la neige" m'a pris 3 semaines alors que c'est un poche de 500 pages ! Comme je l'ai dit plus haut, la personne qui l'a acheté a décidé de le faire circuler, donc je ne l'ai pas gardé mais transmis plus loin. Par contre je m'en suis acheté un exemplaire parce qu'il me fallait le relire, faire des annotations dedans, mettre des passages en évidences pour les relire de temps en temps… Et maintenant, j'ai très envie de partir à Glencoe ! 

Je conseille ce livre à toutes les femmes, surtout à celles qui ont un petit (ou un grand) côté sorcière ou femme de la forêt. 

"Je suis faite pour certains endroits, comme vous savez. Me MacIain m'a demandé ''pour quoi es-tu prête à sacrifier la vie ?'' et je n'ai pas répondu. Mais tandis que je le recousais, j'aurais pu dire ''pour ce monde'', je pense. Pour de la bonté. Pour les moments simples, quotidiens que nous cessons de voir alors qu'il ne faudrait pas, une marmite où l'eau bout, ou une fleur plus ouverte que le jour d'avant. Parce que j'aime vraiment ces moments-là."

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